L’ado venu du Bangladesh brille en cuisine

Ruhel est un timide sacrément doué. Dans un français hésitant, entrecoupé de rires retenus, il parle de ce qui lui a réussi : la cuisine. À 19 ans, il est devenu l’un des espoirs de la spécialité. Finaliste du concours Un des meilleurs apprentis de France en 2014 et vainqueur du concours du Saphir, organisé par les maîtres restaurateurs de Béarn et de Soule, le 10 mars à Pau, Ruhel ne laisse pas indifférents ceux qui croisent ses plats.

La cuisine, c’est au Bangladesh qu’il l’a apprise, entouré de ses parents commerçants. Une passion « depuis toujours », mais quand, à peine âgé de 15 ans, il quitte son pays, secoué par de violentes manifestations, sur les conseils de ses parents, c’est le métier d’électricien qu’il a en ligne de mire. Il passera deux ans en Angleterre avant d’arriver à Paris en août 2012, où une conseillère bien avisée lui suggère de se mettre à la cuisine. « Elle m’a dit qu’il y avait plus de chances d’y trouver un travail », se souvient-il.

En tant que mineur étranger isolé sur le sol français, Ruhel est pris en charge par les services de l’aide sociale à l’enfance, qui lui donnent le choix : rester en foyer à Paris ou partir ailleurs en France. Lui, il avait envie de « campagne ». « À Paris, personne ne se connaît, les foyers accueillent plus de monde, et les éducateurs n’ont pas le temps de s’occuper de nos problèmes personnels. » Son choix est vite fait, direction le domaine Saint-Georges, à Montaut, dans les Pyrénées-Atlantiques, et ses ateliers de préqualification en cuisine. Côté campagne, le voilà servi.

Grande carrière en prévision

« Là-bas, il a tout de suite été repéré, et l’équipe landaise nous en a parlé », affirme le directeur de la maison d’action sociale Planterose de Moumour (64), Jean-Luc Estèves, qui a accueilli Ruhel quelques mois après son arrivée dans les Landes.

Le foyer Planterose a la particularité d’être aussi un lycée professionnel qui permet à ses pensionnaires de passer divers CAP : mécanique automobile, plomberie ou cuisine. L’équipe enseignante a fait en sorte que Ruhel y soit admis pour pouvoir passer un CAP. « Ils m’ont proposé de le passer au bout de cinq mois, mais j’ai préféré travailler une année de plus », raconte Ruhel.

Actuellement en stage à l’hôtel-restaurant Chilo, à Barcus, en Soule, auréolé de trois étoiles et d’un label Bonne Petite Table, du Guide Michelin, le jeune cuisinier se concentre sur le CAP qu’il passera en juin. « Pour l’instant, j’ai une carte de séjour temporaire, mais, si je veux pouvoir rester en France, il faut que je trouve un travail. »

Source: SudOuest, publié le 05/04/2015

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